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Peintre de Puteaux
24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 22:40

 

La société française
est prête au changement



Interview de Nicolas Sarkozy
Ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire
Président de l’UMP
Paris Match – 23 mars 2006
Propos recueillis par Jean-Marie Rouart


Paris Match Vous soutenez Villepin sur le CPE. Etes-vous d'accord sur le projet et sur la méthode employée?

Nicolas Sarkozy [Un long silence] C'est compliqué. Je crois qu'il ne faut jamais rompre le fil du dialogue dans une société complexe comme celle de la France. Il faut essayer d'être suffisamment pragmatique pour qu'on se parle. Je suis persuadé que la France est un pays qui accepte le changement. Et contrairement à ce que l'on dit, qui ne le craint pas. Je ne la vois pas comme un pays immobile ni les Français comme conservateurs. La très grande difficulté, c'est que ce n'est pas le changement qui fait peur, mais il faut que ce changement soit perçu comme juste. Je n'emploie jamais le mot de “justice sociale”. Je préfère les mots “juste”, “équitable”. Qu'est-ce qu'être juste? Où est le curseur? Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, être juste ce n'est pas donner la même chose à chacun. Donc pour atteindre ce qui est juste, il faut accepter un traitement différencié: à chacun selon son mérite, et à chacun selon son handicap. Etre juste ce n'est pas faire un petit paquet absolument égal pour chacun. Etre juste ce n'est pas avoir peur de donner plus à celui qui mérite plus et de donner plus à celui qui a le plus de handicaps. La difficulté avec le C.p.e., c'est que le gouvernement essaie de bonne foi de régler un problème endémique de la société française, celui du chômage des jeunes et qu'une partie des jeunes se croit stigmatisée par un contrat qui serait spécifique. Dans un pays qui pratique l'égalité, la spécificité est un problème. Je suis solidaire et en même temps lucide sur la profondeur des malentendus actuels.

« Si le C.p.e. crée des emplois,
pourquoi le redouter et pourquoi le refuser ? »


PARIS MATCH Est-ce l'absence de concertation, de dialogue, qui crée des difficultés? Comment auriez-vous géré ce problème ?

NICOLAS SARKOZY Donner des leçons en pleine crise ne serait ni digne, ni utile. S’ il y a incompréhension c’est forcément que nous n’avons pas assez dialogué. Il faut donc rattraper le temps perdu. Il ne faut pas se crisper. S'agissant de l'U.m.p., nous avons toujours été pour le contrat unique. Je pense que ce vers quoi il faut s'orienter, c'est l'expérimentation. Je suis assez fasciné par cette propension qu'a la société politique de définir ce que c'est que le paradis et à redouter ce qui serait l'enfer. Tout en restant sur des présupposés idéologiques. Un pas en avant, c'est le paradis, ou c'est l'enfer. Et si on se dotait de méthodes modernes pour gouverner. En quoi ça consiste? En deux mots: évaluation et expérimentation. Si le C.p.e. crée des emplois, pourquoi le redouter et pourquoi le refuser? Expérimentons! Evaluons de bonne foi avec les organisations syndicales, avec les organisations étudiantes. A ce moment-là trois solutions: soit ça marche, et dans ce cas on le garde. Soit ça ne marche pas, et il est évident qu'on devra faire autre chose. Soit ça ne marche qu'à moitié et alors on modifie. Et ainsi personne ne perd la face. On ne peut pas reprocher à un gouvernement de vouloir trouver une solution pour éviter cette singularité que détient la France d'avoir plus de jeunes au chômage qu'ailleurs. Manifester! Est-ce que ce n'est pas davantage contre le chômage qu'il faudrait manifester plutôt que contre, je ne dis pas la solution, mais une solution pour s'en sortir. En ce qui me concerne, j'ai à gérer l'ordre public dans des conditions particulièrement difficiles. La sagesse serait que chacun se retrouve sur une expérimentation de 6 mois.

« La question n'est pas celle de la peur du changement mais de la justesse du changement qui est proposé »



PARIS MATCH Les gouvernements de droite ont souvent reculé devant les manifestations étudiantes. Est-ce qu'il sera possible de remonter le courant?

NICOLAS SARKOZY Quand il y a eu la réforme des retraites, on n'a pas reculé. Quand il y a eu la crise des banlieues, on n'a pas reculé. La question n'est d'ailleurs pas tant, recul ou pas recul. La question c'est de faire comprendre pourquoi on met en œuvre un processus de réforme? Je suis persuadé que la société française est prête au changement. La question n'est pas celle de la peur du changement mais de la justesse du changement qui est proposé. J’ajoute qu’on ne doit pas reculer sur ce que l’on considère comme essentiel. Pour le reste il faut savoir écouter.

«La question est celle de l'opinion publique
qu'il faut convaincre »


PARIS MATCH Les syndicats ne donnent pas l'impression d'avoir envie d'accompagner le changement…

NICOLAS SARKOZY La question n'est pas tant celle des syndicats, à qui on ne peut pas faire le reproche de vouloir conserver des acquis puisque c'est leur fonction. La question est plutôt celle de l'opinion publique. C'est elle qu'il faut convaincre, pas les syndicats. Les syndicats accompagnent plutôt qu'ils ne poussent.

PARIS MATCH La droite a-t-elle un problème avec la jeunesse?

NICOLAS SARKOZY C'est une erreur de croire que la jeunesse est aseptisée. Elle est pimentée. Elle aime ce qui a des angles. Elle aime ce qu'elle peut comprendre et ceux qui lui disent des choses. Je suis persuadé qu'elle déteste ce discours au jeunisme convenu et pour tout dire grotesque du genre “Youth is beautiful”, où la jeunesse est en soi vécue comme une qualité incontournable. On l'a vu à propos du débat concernant les droits d'auteur sur Internet. Un certain nombre d'hommes politiques avaient trouvé cette idée qu’il fallait supprimer les droits d'auteur sur l'autel de l'Internet pour faire plaisir aux jeunes. Ce projet n'était rien moins que de remettre en cause le droit de propriété. C'était ridicule et démagogique. Les jeunes comprennent parfaitement qu'on ait le droit de faire une copie privée pour la passer dans sa voiture ou l'offrir à un cousin. C'est évident. Mais qu'on doive organiser le pillage, la contrefaçon, la fraude, le vol systématique pour la seule et unique raison que les jeunes en seraient reconnaissants, c'est tout simplement ridicule. Donc je ne pense pas que la droite ait un problème avec les jeunes. La question pour moi, c'est de réconcilier les jeunes Français avec la réussite. De leur faire comprendre qu'au début de sa vie il faut de l'ambition, parce que si on n'a pas d'ambition pour soi-même il y a peu de chances pour que d'autres en aient pour vous.

« L'enjeu pour les politiques,
c'est de refaire de l'avenir une espérance »


PARIS MATCH N'y a-t-il pas un danger dans le fossé qui sépare une société de plus en plus dure et élitiste et une jeunesse qui se grise d'illusions ?

NICOLAS SARKOZY A chaque génération, on dit que les jeunes sont différents et que la vie est plus difficile pour eux. Ça a toujours été dur pour les jeunes. C'est forcément un moment d'angoisse et d'inquiétude. Ce qui mine la société française, ce n'est pas l'élitisme, c'est l'égalitarisme, le nivellement, l'assistanat, le sentiment que quel que soit le mal qu'on se donne, de toute façon ça ne servira à rien parce que tout le monde s'en moque. Qu'est-ce qui fait le dynamisme et la fluidité d'autres sociétés ? C'est de rendre la réussite possible pour tous ceux qui la méritent. Si on se donne du mal, on en aura la récompense. Si on se lève plus tôt le matin, on aura une vie meilleure: c'est ce message qu'attendent les jeunes. Mon grand-père, qui m'a élevé et que j'aimais beaucoup, me disait: “Il faut que l'avenir soit une espérance”. Aujourd'hui, l'avenir est devenu une menace. Une société ne peut pas vivre avec l'avenir comme une menace. L'enjeu pour les politiques, c'est de refaire de l'avenir une espérance. Il n'y a rien de plus important.

« Il faut que la droite cesse de s'excuser
de ne pas être la gauche »


PARIS MATCH La difficulté des politiques avec la jeunesse n'est pas une spécificité de la droite.

NICOLAS SARKOZY D'abord, il faut que la droite cesse de s'excuser de ne pas être la gauche. Avant de dire que la droite est responsable de ceci ou de cela, encore faudrait-il que la droite soit la droite. Ce qui reste très largement à démontrer. Je ne comprends pas cette fascination qui consiste pour un certain nombre de brillants esprits à s'excuser d'être ce qu'ils devraient être. Les idées de la droite républicaine, à aucune période de l'histoire ou du monde, dans aucun pays, n'ont été responsables d'une dictature ou d'un massacre. Je ne comprends pas alors pourquoi tant de responsables s'excusent d'être de droite. Le problème de la droite, ce n'est pas la jeunesse, c'est un problème d'identité. Quand on ne sait plus qui on est, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait peu de monde pour vous applaudir.

PARIS MATCH Les mots “Kärcher”, “racailles”, il vous est arrivé de les regretter après leur mauvaise interprétation?

NICOLAS SARKOZY “Racailles”, c'est un mot de la langue française. Monsieur l'académicien, on ne peut pas me reprocher d'avoir un vocabulaire diversifié devant des élites françaises qui pratiquent le conformisme en matière de vocabulaire de façon consternante. Ces mots ont permis de me faire comprendre par ceux dont je voulais être compris: ceux qui habitent dans les quartiers de la banlieue. Pas ceux qui en parlent. Et j'ai été compris d'eux. On a voulu faire un amalgame. Il y a beaucoup plus d'amalgames à parler de “jeunes” qu'à parler de la “racailles”: en parlant de la “racaille” je parle des voyous. En parlant des jeunes, on parle de tout le monde. La vie politique française est guettée par un ennui mortel: on ne pense rien, on ne dit rien, on ne croit en rien. Souffrez que quelques-uns essaient de poser le bon diagnostic, sinon comment voulez-vous trouver le bon remède ? Si vous avez un cancer, que vous allez chez le médecin et que celui-ci vous donne un médicament contre le rhume vous aurez peu de chance d'en réchapper. C'est exactement ce qu'on fait avec la société française. On refuse de poser le diagnostic. Notre modèle social serait le meilleur. Ah bon! Alors on se demande bien pourquoi on a plus de chômeurs qu'ailleurs! Le modèle d'intégration serait exemplaire. Heureusement! S'il ne l'était pas que seraient nos banlieues?

PARIS MATCH Quand vous avez prononcé les mots “Kärcher” “racailles”, vous n'avez pas été beaucoup soutenu par…

NICOLAS SARKOZY …J'ai été soutenu par l'opinion publique, ce n'est déjà pas si mal.

PARIS MATCH Je veux dire pas soutenu par le président de la République, par le Premier ministre. En avez-vous souffert?

NICOLAS SARKOZY Non. A la place où je suis, je me suis habitué depuis longtemps à faire les choses dans des conditions difficiles et parfois seul. Pour le reste, les premiers jours ont été rudes. Mais par la suite le soutien a été total et l'harmonie complète…


« Il y a un danger que cette effervescence lycéenne et étudiante réveille l'agitation dans les banlieues »


PARIS MATCH Craignez-vous que le mouvement étudiant rallume les banlieues?

NICOLAS SARKOZY Il y a un danger que cette effervescence lycéenne et étudiante réveille l'agitation dans les banlieues qui restent toujours extrêmement tendues. Personne ne croit qu'en trois mois les choses aient pu se régler en profondeur. Nous payons 30 années où l’on a manqué de fermeté et où dans le même temps on n’a pas été assez généreux avec les jeunes de ces quartiers qui voulaient vraiment s’en sortir. Voilà pourquoi je suis favorable à la discrimination positive à la Française.


« On ne quitte pas un gouvernement sur une décision d'opportunité »


PARIS MATCH Si la situation empire avec le C.p.e., vous risquez d'être entraîné dans une défaite pour le gouvernement? Songez-vous à le quitter?

NICOLAS SARKOZY Non. On ne quitte pas un gouvernement sur une décision d'opportunité. On ne peut éventuellement le quitter que sur un désaccord de fond. L'opportunité et la tactique n'ont rien à voir avec une telle décision. Je suis solidaire tout en étant différent. Ou si vous voulez, je suis différent tout en étant solidaire. Je n'ai pas plus l'intention de marquer cette différence quand ça va moins bien que quand ça va bien.

PARIS MATCH A quelle date pensez-vous quitter le gouvernement ?

NICOLAS SARKOZY Ce sera une décision collective qui sera prise avec le Premier ministre et avec le président de la République. Le moment où l'U.m.p. choisira un candidat à la présidence de la République se situe en janvier 2007.


« La France est multiple dans son corps, elle doit l'être à sa tête »


PARIS MATCH Les derniers mois ont vu l'émergence d'une communauté noire.

NICOLAS SARKOZY On parle toujours du risque du communautarisme. On ne voit pas que c'est parce que depuis trente ans l'Etat a été trop faible que ce risque existe. Si l'Etat ne défend pas les plus faibles, ceux-ci ont tendance à se retrouver et à se retrancher derrière leur communauté. Le communautarisme naît de la faiblesse de l'Etat, pas de la force de l'Etat. Il faut arrêter de prononcer des mots comme “égalité républicaine”, “intégration républicaine” et ne pas leur donner un contenu. L'action que je mène dans les banlieues, c'est la lutte contre le communautarisme. J'en ai assez qu'on dise que reconnaître que la France est multiple, qu'il y a des identités multiples, c'est forcément du communautarisme. La république, c'est l'intégration des différences et non leur négation. Qu'est-ce qu'on veut ? L'homme nouveau, qui serait débarrassé de tous les signes distinctifs, sans histoire et sans mémoire ? C'est rien de moins qu'absurde. La France est devenue multiple. Je n’aime pas le terme de “mixité sociale”. Dans le mixeur, on met un tas de fruits et de légumes et il en sort une bouillie pas forcément désagréable, mais incolore, inodore et sans saveur. Je préfère le mot “diversité”. Je suis favorable à la discrimination positive à la française qui assure aux minorités visibles une représentation au niveau des élites. Ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas en poste aujourd'hui un seul préfet de couleur. Où est le Colin Powell français, où est la Condoleezza Rice française? La France est multiple dans son corps, elle doit l'être à sa tête. Il ne peut y avoir un décalage entre les élites et le peuple.

PARIS MATCH Vous subissez souvent des attaques. Est-ce que cela vous blesse ?

NICOLAS SARKOZY Si j'étais devenu insensible, je lirais ce qu'on écrit sur moi. Or je ne le fais pas. Je me protège. C'est une façon de vous dire que je suis resté sensible. Est-ce que je suis touché ? Oui. Mais est-ce que je suis coulé: non.

PARIS MATCH Il n'y a pas que les articles dans les journaux, il y a les trahisons, les amis infidèles.

NICOLAS SARKOZY Je n'ai pas connu ce désagrément car j'ai une grande chance: je garde les mêmes amis et ils me sont fidèles. Il y a des gens qui ne m'aiment pas. Je le regrette mais je m'y suis fait. Pour ceux qui m'aiment, ça dure longtemps.


« Je ne demande pas aux gens d'être d'accord avec moi sur tout »


PARIS MATCH Vous connaissez quand même des moments de déception?

NICOLAS SARKOZY Non. Il y a des moments de plus grandes solitudes. Les huit premiers jours de la crise des banlieues n'ont pas été des jours faciles. Quand j'étais aux Antilles la semaine dernière, et qu'il a fallu gérer la prise d'otages pendant trois heures, ce n'était pas facile. Mais j'essaie de ne pas mettre trop d'affectif dans mes relations politiques. C'est aussi une façon de se défendre. J'essaie d'être normal, naturel. Je ne demande pas aux gens d'être d'accord avec moi sur tout. Au fond, ce qui me caractérise, c'est que je me sens plus libre que dépendant. Je fais toujours en sorte que les gens autour de moi soient libres. Il y a une passion commune, pas de dépendance. Même avec les gens qui travaillent avec moi. J'ai des rapports assez calmes avec eux. Je n'aime pas beaucoup ce rapport hystérique qu'il y a parfois en politique: on se soutient à vie, on partage ses ennemis et pas ses amis. Je ne fonctionne pas comme ça.

« J'ai une mission à accomplir, je l'accomplis »



PARIS MATCH Vous connaissez la phrase de Madame de Stael: “La gloire c'est le deuil éclatant du bonheur”.

NICOLAS SARKOZY J'y ai souvent pensé. Ce n'est pas faux. Même si l'anonymat n'est pas la garantie de la sérénité. De toute façon, je n'ai pas le choix. J'ai un travail à faire, je le fais. J'ai une mission à accomplir, je l'accomplis. Je pense vraiment que la situation politique aujourd'hui m'oblige à assumer mes responsabilités. Si la question que vous me posez c'est: “Est-ce que je suis passionné” ? La réponse est oui. Est-ce que le prix à payer pour cette passion est lourd ? La réponse est oui également. Et certainement davantage pour ceux qui m'aiment et qui m'entourent que pour moi. Mais je ne veux pas céder à une image convenue: le fait d'avoir une activité trépidante et passionnante n'est pas une garantie de bonheur. Avoir une existence ennuyeuse et sans horizon ne l'est pas davantage.

PARIS MATCH Cette idée d'avoir un grand destin vous préserve-t-elle ?

NICOLAS SARKOZY Je ne me reconnais pas dans ces termes de “grand destin”. Disons destin tout court, ce qui n'est déjà pas si mal. Et qu'est-ce qu'un destin? C'est la rencontre d'un caractère et d'une situation. Ce n'est pas facile d'avoir le caractère. Quand à la situation, il faut beaucoup de chance. Est-ce qu'on devient insensible? Non. On a les mêmes préoccupations quotidiennes que la plupart des gens. Mais la passion aide à les surmonter.

PARIS MATCH Vous connaissez des attaques politiques, mais aussi des souffrances privées. Comment réagissez-vous? Est-ce que vous priez? Etes-vous croyant?

NICOLAS SARKOZY Il ne faut pas non plus me présenter comme Jésus-Christ sur sa croix, perclus de souffrances. Je suis d'un caractère plutôt heureux. J'ai beaucoup d'amis, je m'amuse, et je crains de ne pas être très crédible dans le rôle du cow-boy solitaire. Est-ce que je suis croyant? Oui. La question de la prière est différente. Je la crois plus sincère et plus désintéressée quand il s'agit de remercier. Je ne suis pas meilleur que les autres.

PARIS MATCH Il vous arrive de prier?

NICOLAS SARKOZY Oui, à ma manière.

PARIS MATCH Napoléon a pleuré. Vous est-il arrivé de pleurer?

NICOLAS SARKOZY Pas très souvent. Les larmes ne sont qu'une expression ultime. Je connais de grands bonheurs et aussi des déceptions. Je n'estime pas que tout ce qu'on me dit d'agréable est exact, et tout ce qu'on me dit de désagréable est faux.

PARIS MATCH Vous avez connu des difficultés de couple. Avez-vous souffert à cause des autres à ce moment-là?

NICOLAS SARKOZY J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup d'impudeur et que cette impudeur avait été exploitée. Je l'ai accepté. D'ailleurs, je n'avais pas d'autre choix. Je ne suis pas du genre à bénéficier des avantages d'une situation sans en accepter les désavantages, même si ceux-ci ont parfois dépassé les limites de l'impudeur. Pour le reste je n'ai pas d'autres commentaires à faire. Ces articles, tous les mois, pour dire “c'est le nouveau Sarkozy qui est arrivé”, après des articles proclamant “il est totalement déstabilisé”, ce n'est pas agréable. J'ai une vie comme des millions d'autres gens. Et aujourd'hui ça va bien. Mais il faut comprendre que je veuille me protéger, c'est pourquoi je n'en parle pas !

« Les épreuves vous améliorent
tant qu'elles ne vous détruisent pas »


PARIS MATCH Ces souffrances vous ont-elles durci ou aidé à comprendre les autres?

NICOLAS SARKOZY Au contraire, ça m'a plutôt ouvert. On est amélioré, on est enrichi par les épreuves. A partir d'un certain âge, on est responsable de son propre visage donc de sa propre histoire. Je suis beaucoup plus tolérant aujourd'hui que lorsque j'étais jeune. Les épreuves vous améliorent tant qu'elles ne vous détruisent pas.

PARIS MATCH Votre regard sur la vie a changé?

NICOLAS SARKOZY Je me suis humanisé. Je suis comme la plupart des gens: j'aime ce qu'ils aiment. J'aime le Tour de France, le football, je vais voir “Les bronzés 3”, j'aime écouter de la chanson populaire.

PARIS MATCH La vie privée des hommes politiques a pris beaucoup d'importance dans l'opinion. Vous le regrettez ou vous l'acceptez comme un fait de l'époque?

NICOLAS SARKOZY Je l'accepte comme un fait de l'époque tout en me demandant parfois pourquoi je suis le seul dont on en parle tant. Mais je suis à un moment de ma vie où je suis assez serein. Je sais ce que je veux faire. Et je suis devenu assez zen.

PARIS MATCH Pour en terminer avec votre vie privée, vous est-il arrivé de regretter d'avoir parlé de votre couple sur France 3?

NICOLAS SARKOZY Je n'ai jamais menti ni dans ce que j'ai dit ni dans ce que j'ai fait. Rien n'a été truqué. Il ne faut pas regretter ce qui n'est pas truqué. Il y a tellement de gens qui vivent de fausses vies. C'est une chose qu'on n'a jamais pu dire de moi. On regrette quand on ment. Je suis un homme qui dit ce qu'il pense et qui assume. Ceux qui me jugent, c'est sans doute qu'ils n'ont jamais connu de difficultés dans leur vie propre. Je les en félicite. Mais qu'ils me permettent de ne pas les croire. Ce n'est pas parce qu'on est dans la politique qu'on n'a pas une vie. Oui, j'ai une vie maintenant. Elle est heureuse même si je n'ai pas envie d’entrer dans les détails. Il me faut protéger ceux qui me sont les plus proches.

 

 

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