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Charles Jaigu et Judith Waintraub
[08 septembre 2005] Le Figaro i
«J'aimerais demander plus mais à l'UMP mon devoir est de rassembler...», a glissé Nicolas Sarkozy hier, lors de la convention économique et sociale de son parti. (Photo AFP)
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Adepte déclaré de la «concurrence», Nicolas Sarkozy en a éprouvé la dure loi, hier, à l'issue de la convention économique et sociale de l'UMP. Son exposé sur le «nouveau modèle français» manquait un peu de... nouveauté au goût de l'assistance. Le futur candidat à la présidentielle en porte une part de responsabilité : pour prouver sa «créativité», il avait lui-même largement défloré son programme ces derniers mois. Dominique de Villepin, surtout, ne s'est pas privé de lui couper l'herbe sous le pied en annonçant la semaine dernière son propre projet fiscal, quitte à reprendre certaines idées chères à Sarkozy, comme le plafonnement de l'impôt.
Le président de l'UMP n'en a pas moins créé la surprise. En matière de fiscalité, il est même sorti de son discours écrit pour sommer le gouvernement d'avoir le «courage de réformer l'ISF, et pas en 2007 ! Dès cet automne, dans le cadre de la loi de finances». Une pierre dans le jardin de Dominique de Villepin, qui avait affirmé jeudi dernier que cette réforme n'était pas «une priorité». Cette tâche délicate accomplie, Nicolas Sarkozy se réserve une autre mission plus difficile encore : «Ramener en cinq ans notre taux de prélèvements obligatoires à la moyenne européenne», inférieure de six points au taux français. En instaurant, au passage, la retenue à la source de l'impôt sur le revenu, maintes fois promise à droite comme à gauche, et jamais appliquée.
Le président de l'UMP place la barre toujours plus bas. Bercy laissait entendre lundi qu'il fallait limiter à 60% le niveau maximal d'imposition ? Sarkozy proclame : «Aucun Français ne doit payer en impôt plus de 50% des revenus de son travail.» En clin d'oeil aux chiraquiens qui le trouvent trop jusqu'au-boutiste pour gagner un deuxième tour de présidentielle, il a précisé : «J'aimerais demander plus mais à l'UMP mon devoir est de rassembler...»
Le candidat à l'Elysée s'est aussi jeté à l'eau en matière d'emploi : il se fait fort de «ramener en dix ans le taux de chômage à moins de 5%». Pour y parvenir, il compte d'abord s'attaquer à la dépense publique. Son programme prévoit «le non-remplacement d'au moins un fonctionnaire sur deux partant à la retraite». Il n'est pas revenu sur la nécessité de rétablir l'égalité public-privé en matière de réduction du temps de travail, mais il a adopté pour les entreprises de moins de vingt salariés une proposition du réformateur Hervé Novelli : la suppression de la surtaxe de 10% des heures supplémentaires. Ce qui a ravi son ami Pierre Lellouche, heureux que «la droite française fasse enfin son Bad-Godesberg» (NDLR : le congrès où la gauche allemande a rompu avec le marxisme, en 1955).
Nicolas Sarkozy a aussi repris à son compte les propositions du rapport Camdessus, dont il avait fait l'éloge quand il officiait à Bercy, en défendant l'idée d'un contrat de travail unique, fusionnant le CDD et le CDI. Débordant du cadre classique d'un programme économique, il a aussi à nouveau plaidé pour la réforme de la représentation syndicale et pour l'autonomie financière des universités, dont l'état de «déliquescence explique en partie la crise économique», insistent ses conseillers.
Nicolas Sarkozy n'a pas entendu ces fâcheux. Il n'a fait qu'une apparition hier matin à la convention, avant le Conseil des ministres (lire page 7) et il a déjeuné ensuite en privé avec le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen. Ce pionnier du libéralisme politique européen a fait un tabac à la tribune du Palais des congrès, le matin, en expliquant que le succès du modèle danois – 2,4% de croissance ; 4,8% de chômeurs – n'était pas sans rapport avec la «flexibilité du marché du travail» dans son pays. Un domaine dans lequel le candidat de l'UMP n'a pas encore vraiment rompu avec la technique du «saupoudrage» qu'il a encore implicitement reproché hier à Dominique de Villepin d'utiliser.