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Portrait d'Angéla MERKEL
Source le figaro :
En quinze ans, elle est passée de l'apprentie sorcière est-allemande mal fagotée au statut de leader politique P. B.
Angela Merkel, une Allemande atypique au seuil du pouvoir
[16 septembre 2005]
A la tête de la CDU chrétienne-démocrate et peut-être bientôt de la Chancellerie fédérale, Angela Merkel est aussi atypique de l'Allemagne traditionnelle qu'on peut l'être. Par son adolescence d'abord, passée en RDA. Par sa formation aussi, une scientifique protestante à la présidence d'un parti plutôt catholique, marqué par le «capitalisme rhénan». Par son statut enfin, une femme au sommet d'une formation solidement masculine, divorcée de surcroît, sans enfant et remariée.
Pour en arriver là, elle a dû jouer des coudes. «La sous-estimer, reconnaît Horst Seehofer, un ponte de la CSU bavaroise qu'elle a réussi à mettre sur la touche, c'est avoir déjà perdu.» En quinze ans de vie politique à la CDU-CSU, ils sont une demi-douzaine à en avoir fait l'amère expérience.
Rien, pourtant, ne semblait la prédestiner à pareille carrière. Née à Hambourg le 17 juillet 1954, elle a «six semaines» lorsque Horst Kasner, son pasteur de père et sa mère Herlind quittent l'Allemagne fédérale pour prendre la tête d'une paroisse en RDA. Elle y accomplit une scolarité somme toute anodine, adhère à l'organisation de jeunesse du régime sans trop se poser de questions, fait brillamment ses études de physique, épouse son condisciple Ulrich Merkel à 23 ans et en divorce bientôt.
«Une époque en fait sans soucis», résumera-t-elle par la suite. Sans trop de connaissances de l'«autre» Allemagne aussi. Car lorsqu'elle s'y rend pour la première fois, en 1986, elle se demande en toute innocence «si une femme seule peut prendre une chambre d'hôtel» dans ce pays décidément mystérieux.
La chute de la RDA et bientôt la réunification sont pour elle le début de la politisation. Le 9 novembre 1989, le jour où le Mur s'ouvre, elle sacrifie encore à la routine quotidienne et va au sauna avant de quand même faire un tour à Berlin-Ouest. Histoire de voir. Mais elle attrape vite le virus politique. La voilà au Renouveau démocratique, l'une des multiples formations brouillonnes dont elle devient la porte-parole adjointe. Porte-parole adjointe aussi de l'ultime gouvernement de RDA dirigé par Lothar de Maizière.
Elle adhère à la CDU. Le premier scrutin de l'Allemagne réunifiée, le 2 décembre 1990, lui permet de gagner haut la main un siège de député. Elle se fait présenter à Helmut Kohl qui en fait sa protégée, sa «fifille»: «Ossi» de l'Est et femme, quoi de mieux pour symboliser le renouveau de son équipe usée? La voilà ministre de la Condition féminine et de la Jeunesse en 1991 puis, une mandature plus tard, ministre de l'Environnement.
Elle entame aussi son ascension au sein du parti. A pas de géant. Son premier mentor, de Maizière, est écarté pour cause de contacts avec la Stasi, la police politique communiste, et voilà qu'elle lui succède comme vice-présidente de la CDU en décembre 1991. Günther Krause, qui l'avait également poussée à ses débuts, sombre dans un scandale d'évasion fiscale et elle hérite de son poste de président de la CDU au Mecklembourg.
Elle ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Le séisme politique qu'est l'affaire des caisses noires de la CDU lui permet de viser encore plus haut. Helmut Kohl a démissionné de la présidence du parti dès avant le scandale, après la victoire électorale de la gauche en 1998. Wolfgang Schäuble, son successeur, offre le secrétariat général du parti à la jeune femme ambitieuse mais, impliqué lui aussi, jette à son tour l'éponge: le 10 avril 2000, Angela Merkel devient la première femme à présider la CDU. Elle n'y avait pas peu contribué en faisant publier une tribune iconoclaste dans la presse pour inviter le parti à prendre ses distances avec Helmut Kohl. Il mettra longtemps à le lui pardonner.
La voilà au faîte du parti, il lui reste le sommet du pouvoir à conquérir, la Chancellerie que Gerhard Schröder brigue une nouvelle fois en 2002. Contrainte ou lucide, on ne le saura sans doute jamais, mais elle «offre la candidature» à Edmund Stoiber, le patron de la CSU bavaroise qui, de justesse, perd contre le chancelier de gauche. C'est pour elle l'occasion d'ajouter un nom prestigieux à son tableau de chasse: pour cumuler la direction du parti et celle de son groupe parlementaire, elle en évince Friedrich Merz, un brillant expert des questions financières dont elle se fait un ennemi durable.
En 2004, nouveau coup de maître. Angela Merkel fait élire à la présidence de la République Horst Köhler, directeur général du FMI et inconnu ou presque à Berlin. C'est son choix à elle, imposé contre Stoiber, le rival bavarois, contre Schäuble qui rêvait du poste, mais de concert avec les libéraux du FDP qui sont ainsi associés en amont de la future coalition de droite qu'elle veut constituer.
Il ne lui reste, comme adversaires au sein du parti, qu'une poignée de ministres-présidents des Länder, des barons régionaux qui lui concèdent du bout des lèvres le droit de défier Schröder et ne verraient pas d'un mauvais œil qu'elle y échoue.
Il n'en sera sans doute rien. Tous les sondages la donnent gagnante, même si elle devra peut-être conclure à reculons une alliance avec le SPD, faute de majorité avec les libéraux. En quinze ans, elle est passée de l'apprentie sorcière est-allemande, mal fagotée et les cheveux coupés en bol, au statut de leader politique, la mèche blondie en bataille. Et toujours égale à elle-même.
En public à tout le moins. Car, a-t-elle confié une fois, loin des regards: «Je dois parfois hurler, c'est le seul moyen d'éviter un ulcère de l'estomac». Le passé en RDA, l'ombre de la Stasi omniprésente y sont sans doute pour beaucoup. «J'ai toujours été méfiante, et cela m'aide à l'Ouest aujourd'hui», explique-t-elle dès 1992. Trois ans plus tard, elle ajoute un détail qui témoigne de son appétit du pouvoir: «Je n'ai longtemps pas voulu le croire, mais en définitive, pour gagner, il faut ne pas respecter les règles du jeu.» Elle a beau souvent être crispée, ce n'est pas la confiance en elle qui lui manque: Angela Merkel avoue qu'elle n'a «peur de rien».