Jacques Chirac applaudi par Nicolas Sarkozy à sa sortie de l'Elysée le 16 mai 2007 à Paris
AFP - Patrick Kovarik
Lors d'un discours de neuf minutes, ce représentant d'une nouvelle génération, âgé de 52 ans, a mis en avant l'"exigence de changement".
"Au service de la France, il n'y a pas de camp", a aussi déclaré le nouveau chef de l'Etat qui veut un gouvernement et une majorité d'ouverture.
La cérémonie de passation des pouvoirs, rituel millimétré, avait commencé à 10H58 avec l'arrivée de M. Sarkozy à l'Elysée.
La veille, dans une déclaration d'adieu suivie par 19 millions de téléspectateurs, M. Chirac l'avait assuré de ses voeux pour cette mission "la plus exigeante et la plus belle".
Venu en voiture de ses bureaux rue Saint-Dominique (VIIè), costume sombre, chemise blanche, M. Sarkozy a été accueilli en bas du perron de l'Elysée par M. Chirac.
C'est la première fois, sous la Vè, qu'un sortant transmet ses pouvoirs à un élu de son camp, M. Sarkozy ayant présidé jusqu'à lundi l'UMP, parti voulu par M. Chirac.
Ce qui n'a pas empêché l'ex-numéro deux du gouvernement, victorieux (53,06%) de Ségolène Royal (PS), de bâtir sa campagne sur la "rupture". Mercredi, il a à nouveau insisté sur l'"exigence de rompre avec les comportements du passé".
Les deux hommes, dont les relations de plus de trente ans ont été ponctuées de disputes et réconciliations, ont eu un tête-à-tête de 35 minutes: moment crucial où est transmis le secret le mieux gardé de la République, le code d'engagement du feu nucléaire.
Applaudi par ses collaborateurs et son successeur, M. Chirac a quitté l'Elysée peu avant 11H40.
A la cérémonie d'investiture, dans la salle des fêtes, assistaient Dominique de Villepin, Premier ministre démissionnaire, et de nombreux invités.
Un vent de Croisette avait soufflé quand l'épouse du président, escortée de sa famille, avait remonté le tapis rouge en robe Prada de satin ivoire, les photographes criant "Cécilia !".
Le très chiraquien président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, a proclamé M. Sarkozy président: "à partir de ce jour, vous incarnez la France".
Une salve de 21 coups de canons a été tirée des Invalides.
C'est alors que Nicolas Sarkozy est devenu le 23è président français, le 6è de la Vè République.
Après la remise des insignes de grand-croix de la Légion d'Honneur, il a prononcé avec gravité son premier discours présidentiel, faisant de "la défense des droits de l'Homme et de la lutte contre le changement climatique" les "priorités" de son action diplomatique.
Le président et son épouse ont échangé un baiser après le discours, alors que l'orchestre de la Garde républicaine jouait un morceau du compositeur Isaac Albeniz, arrière-grand-père de Cécilia Sarkozy.
Passage en revue de la garde républicaine, Marseillaise, déjeuner privé à l'Elysée.
Puis, à 14H00, M. Sarkozy a remonté les Champs-Elysées, en 607 Peugeot, saluant le public épars. A l'Arc de Triomphe, il a ravivé la flamme.
M. Sarkozy a innové en redescendant la célèbre avenue pour déposer des gerbes devant les statues de Clemenceau et de Gaulle.
Innovation encore quand le premier président à n'avoir pas connu la guerre a rendu hommage, au Bois de Boulogne, à 35 jeunes résistants fusillés par les Allemands en août 1944. "Ce qu'ils incarnent est invincible: ils ont dit non".
Et d'essuyer une larme en écoutant lire la dernière lettre de Guy Môquet, résistant communiste fusillé en 1941, qui sera désormais lue chaque année dans tous les lycées, "première décision" du chef de l'Etat.
M. Sarkozy s'est ensuite envolé pour Berlin pour y rencontrer Angela Merkel, premier déplacement très symbolique visant à réaffirmer la force du couple franco-allemand.