Point de vue
Bougrain Dubourg : «Entre 2 et 3 milliards d'oiseaux migrateurs»
Alain Bougrain Dubourg est le président de la Ligue pour la protection des oiseaux.
Propos recueillis par Marielle Court
[18 octobre 2005]
LE FIGARO. – Les oiseaux migrateurs représentent-ils un danger dans la transmission du virus vers la France ?
Alain BOUGRAIN DUBOURG. – Dans la logique biologique, il n'y a pour le moment pas de risque en raison des circuits de migration. Les oiseaux qui viennent des pays touchés par le virus descendent dans le sud, en passant au-dessus du Bosphore, de la Turquie, puis de l'Egypte, avant de s'installer sur une bande qui va du Sénégal au Tchad. En revanche, les risques peuvent survenir lors des migrations de retour. Durant l'hivernage, tous les oiseaux se mélangent, ceux qui viennent d'Europe et les autres. Cette concentration peut favoriser la transmission des virus avant que les oiseaux ne repartent et se répartissent à nouveau dans tous les pays.
C'est le seul circuit possible ?
Il peut y avoir également des migrations est-ouest. Imaginons une vague de froid cet hiver et les oiseaux qui sont dans les pays de l'Est pourraient se déplacer plus à l'ouest et venir par exemple en Camargue où l'on comptabilise en permanence quelque 150 000 oiseaux. Ils sont environ 110 000 en Alsace et 200 000 dans le Grand Ouest.
Connaît-on parfaitement les circuits migratoires ?
On est encore des adolescents en la matière. Prenons l'exemple de la sarcelle d'été. Elle se rend en Afrique en hiver, mais elle peut ensuite nidifier chez nous ou remonter jusqu'en Sibérie sans que l'on sache pourquoi. Aujourd'hui, entre 2 et 3 milliards d'oiseaux migrent dont les deux tiers dans l'ancien monde.
Le risque vient-il essentiellement des oiseaux migrateurs ?
Pour le moment, rien ne prouve que les oiseaux migrateurs véhiculent le virus, mais rien également n'interdit de le penser. A ce jour, en tout cas, je crains davantage les caisses des trafiquants d'animaux qui entrent illégalement en Europe. Il faut savoir que le trafic des plantes et des animaux est l'un des quatre grands trafics au monde avec les armes, la drogue et les copies. On évalue à 5 millions le nombre d'oiseaux dans le monde qui échappent ainsi à tout contrôle.
D'où viennent ces oiseaux ?
Ils viennent d'Afrique, d'Amérique du Sud mais aussi d'Asie. On les trouve dans des élevages qui ne respectent aucune réglementation sanitaire avant d'être expédiés le plus souvent dans des conditions de grande promiscuité. Nous avons mené dimanche dernier une opération avec la BAC (brigade anticriminelle) aux marchés aux oiseaux bien connus sur la place de Paris. Pour cette seule opération, les policiers ont saisi plusieurs dizaines d'oiseaux appartenant à des espèces protégées et donc interdits à la vente.
Ces oiseaux ne sont-ils pas achetés par des particuliers et isolés dans des petites cages individuelles ?
L'achat ne marque pas forcément la fin de la chaîne. Ces oiseaux peuvent être placés au contact d'autres animaux et faire également l'objet d'échange. Les douanes sont très vigilantes sur cette question du trafic et très compétentes, mais les effectifs des douaniers sont insuffisants.