Dans une tribune intitulée "L'étrange hors-sujet du programme socialiste", parue lundi 28 août dans lefigaro.fr, Gérard Larcher, Ministre délégué à l'Emploi, au Travail et à l'Insertion professionnelle des jeunes, analyse de façon très pertinente le programme du PS :

 

Le Parti socialiste a rendu public son projet. C'est un moment important dans notre démocratie : le premier parti d'opposition, le deuxième de France en nombre d'adhérents, présente sa vision de l'avenir de notre pays. C'est pourquoi j'ai pris le temps de le parcourir attentivement.

Or, à la lecture, on oscille entre deux réactions : la consternation devant l'incroyable retour en arrière et l'amusement devant la vacuité du projet que le PS propose aux Français. C'est quand même un tour de force admirable que les socialistes puissent prétendre atteindre le plein emploi sans dire un mot de la création d'emplois dans le secteur marchand ou du développement des entreprises. Rien, mis à part le retour aux 35 heures, dont plus personne ne discute l'effet ravageur sur notre compétitivité et la perte de pouvoir d'achat qui en a résulté. Aucun autre pays n'a cru bon de suivre cette voie. Cela devrait faire réfléchir.

C'est symptomatique d'une vision de l'entreprise particulièrement étonnante. À chaque fois que les socialistes les mentionnent, c'est pour annoncer la création d'une nouvelle taxe ou décrire un lieu d'aliénation. À lire le projet socialiste, l'entreprise ne serait pas un lieu de création de richesse, mais une puissance maléfique !

À tel point que la priorité de leur programme pour les jeunes est de tout faire pour les tenir à distance de ce monde dangereux. Il faut protéger les jeunes de l'entreprise. Que surtout ils n'y mettent pas les pieds, ils risqueraient de s'y perdre ! D'où le choix de ne pas rapprocher l'université du monde du travail, d'où la volonté de créer un RMI jeunes (dit EVA) pour éviter qu'ils ne soient tentés par l'apprentissage ou par un stage rémunéré, d'où le retour des emplois-jeunes, ce miroir aux alouettes qui a précarisé des dizaines de milliers de jeunes plutôt plus diplômés que la moyenne, qui auraient dû au contraire être accompagnés vers un véritable emploi !

Cette méfiance à l'égard des entreprises est telle que les socialistes inventent le «dialogue social administré». Les partenaires sociaux sont explicitement invités à confirmer des décisions que le programme du PS a d'ores et déjà entérinées, notamment sur les salaires et le temps de travail. Quelle confiance dans la négociation collective ! Vous avez aimé 1997-2002, vous adorerez 2007-2012. À ce compte-là, c'est à se demander s'il ne vaut pas mieux avoir été oublié. Comme tous nos concitoyens les plus fragiles. Il n'y a rien sur les seniors, rien sur les chômeurs de longue durée, rien sur les RMIstes. Alors même que ce sont les publics qui ont le plus besoin d'une mobilisation de l'État : leur exclusion du marché du travail ne dépend pas de facteurs conjoncturels, mais de blocages structurels sur lesquels le gouvernement a le pouvoir, le devoir d'agir.

Soyons fair-play. Les socialistes mentionnent une disposition positive en faveur des demandeurs d'emploi : l'instauration d'un suivi individuel personnalisé par un référent unique. Voilà une excellente idée ! Cela fait un an que le gouvernement a lancé cette réforme. Elle commence à produire ses fruits. La récupération est bien tentée, mais là, la ficelle est un peu grosse !

Notre projet ne provoque aucun enthousiasme», confesse de façon assez touchante DSK. C'est le moins que l'on puisse dire. Heureusement, les prochaines échéances électorales sont encore lointaines. Cela laisse le temps au Parti socialiste de commencer à réfléchir à un programme qui soit, cette fois, tourné vers l'avenir et la modernité

 

 

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